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Solidarités intergénérationnelles

La jeunesse est une des priorités affichées par le Président de la République. De profondes inégalités la fracturent, une certaine précarisation la menace. Le vieillissement de la société vient de faire l’objet de rapports remis au Premier Ministre. (1) C’est aussi un défi, doublé d’opportunités nouvelles. La Sécurité sociale devrait réaliser l’heureuse convergence des solidarités générationnelles. L’équilibre solidaire est aujourd’hui instable.

Fractures. Au sein de la jeunesse selon origines sociales, diplômes et qualifications, accès à l’emploi. Les jeunes apparaissent à certains « les oubliés de la protection sociale » (2) au constat des taux de chômage et de pauvreté qui les accablent. Il est vrai que le niveau des dépenses publiques est très inférieur pour les jeunes à celui affecté aux retraités. Les jeunes bénéficient trois fois moins de transferts nets de contributions que les retraités. Ceci distingue défavorablement la France par rapport à la Suède par exemple. Fractures aussi au sein de la population âgée de plus de 60 ans. Si le patrimoine acquis porte le revenu moyen au niveau de celui des actifs, plus d’un demi-million de retraités émarge au minimum vieillesse. Fractures également entre les actifs, la discrimination par la précarité au travail et par le sexe résiste au volontarisme politique. Les générations pivot se trouvent ainsi face à la contrainte sociale pour eux-mêmes (« l’actif français est le champion de la contribution nette au social » (2) ) et doublement liées par l’aide aux ascendants et aux descendants.

La conflictualité des situations générationnelles serait un risque majeur pour la Sécurité Sociale. La confiance des jeunes dans le niveau de retraite future est altérée. Les retraités pressentent la modification de leur niveau de contribution, à travers la CSG notamment. L’opinion est abusivement alertée sur le « coût » du vieillissement. La conjonction d’une crise du travail, des revenus du travail et le basculement démographique qui réduit le rapport actifs/retraités à moins de 2 pour 1, créent une situation nouvelle qui appelle des équilibres nouveaux. La crise prolongée que nous vivons aggrave l’équation solidaire. La solidarité, dans ces conditions, est un défi. Mais elle est aussi la solution. La seule pour l’idéal humaniste et républicain. Il faut donc ancrer nouvellement, mais durablement, la Sécurité sociale dans le XXIè siècle commençant.

Jean-Michel LAXALT

Président de l’Institut Montparnasse

(1)  Rapports Aquino, Broussy et Pinville remis le 11 mars 2013
(2)  La protection sociale : un investissement pour notre avenir d’Alain Villemeur – Editions du Seuil