Éditorial

Paradoxale mutualité. 

Connues de tous, les mutuelles occupent une place importante dans notre protection sociale. A tel point que l’usage du terme de mutuelle vaut celui de complémentaire santé, voire d’assureur. Activités et statuts se fondent. Les statuts – de société commerciale ou de mutuelle – se confondent.

Si les mutuelles sont bien ancrées dans notre quotidien, elles le sont aussi dans notre histoire sociale mais aussi politique ou syndicale. Michel Dreyfus a bien souvent caractérisé les mutuelles comme premier mouvement social en France. Exception française ? Les mutuelles sont présentes à travers le monde. En Europe, au travers une forte imbrication dans les systèmes de protection sociale mais aussi dans l’assurance de biens. Cela se confirme au-delà de nos frontières européennes, les mutuelles sont alors, avec leurs « sœurs » coopératives, particulièrement disséminées sur notre planète. En nombre de personnes assurées, elles avoisinent les 900 millions de personnes d’après la Fédération internationale des coopératives et mutuelles d’assurance. En représentant 25% du secteur de l’assurance, ce ne sont pas des acteurs majoritaires, seulement majeurs.

On peut être un acteur important dans la vie quotidienne des individus, de poids important, avec une histoire ancienne, des liens avec de nombreux acteurs de la société et malgré tout passer sous tous les radars. Celui des études, de la considération politique, de l’intérêt même que tout un chacun peut y porter. Il apparaît alors étonnant de constater une absence marquée d’études sur leur rôle dans la société repoussé dans l’ombre de la puissante sécurité sociale, sur leurs valeurs solidaires attaquées par des réglementations de solvabilité, sur leur gouvernance démocratique vivant le défi de l’accroissement de leur taille, sur leur modèle d’organisation que l’on a trop vite tendance à imaginer celui d’assureur classique. 

Ce n’est pas l’absence de désintérêt scientifique, et donc une large méconnaissance conduisant à la banalisation des regards qui est à retenir. Il manque surtout, aujourd’hui, aux mutuelles un temps de réflexion sur leur identité, de se pencher sur leur objet, sur leur raison d’être originelle et voir comment, en quoi, demain elles seront des acteurs apporteurs de solutions au bien être de leurs adhérents et de la société dans son ensemble. Les mutuelles ont connu de fortes avancées quand elles se développaient sur des sujets innovants, de société, elles comblaient un manque. Elles ont réussi. Elles ont solvabilisé des marchés qui, aux yeux des assureurs, en leurs temps, jugeaient ces marchés non solvables.

Ces questions sont partagées par des mutuelles, en France, en Europe, en Amérique, au Moyen Orient, en Afrique de l’Ouest pour ne citer que ces zones géographiques. Elles sont surtout partagées par les dirigeants de diverses mutuelles de ces diverses régions. Comment retrouver du sens, comment anticiper les mutations que nous connaissons et qui engendrent un repositionnement externe, sur nos métiers, mais aussi une organisation interne pour mobiliser adhérents, militants et salariés des mutuelles ?

L’Institut Montparnasse part de ce simple constat. Accompagner les dirigeants de demain pour avoir un regard un peu plus éclairé, simplement partagé avec d’autres points de vue, permettra de prendre des orientations plus en cohérence avec les valeurs mutualistes et donc les intérêts des adhérents. 

L’Institut Montparnasse s’attache à apporter des réponses au travers de podcasts. En 20 minutes, cela permet d’écouter des acteurs de différents horizons parler de mutualité. Un podcast tous les mois, un rythme est donné pour permettre de développer des points de vue, de partager des pratiques, des visions parfois différentes. Ces productions s’accompagnent également de chroniques écrites pour poursuivre la réflexion. 

Accompagner la réflexion, anticiper l’action, passe aussi par la formation des dirigeants autour des enjeux de leur fonction, en offrant des temps de réflexion sur les missions de nos organisations, ce qui se réalise parfaitement au travers de forums philosophiques notamment. L’Institut Montparnasse propose ainsi aux dirigeants d’échanger, au-delà de la simple frontière de leur mutuelle pour rencontrer d’autres mutuelles, d’autres acteurs de l’économie sociale qui partagent ces valeurs de développement économique, social au service de chacun. Le pari du changement peut donc se faire sur des échanges et in fine de l’enrichissement mutuel.

Olivier BONED, délégué général de l’Institut Montparnasse

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