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Milliards par ci, milliards par là

L’annonce est carrée, l’objectif est dodécagonal. Il tient des travaux d’Hercule : 50 milliards d’économies sur les dépenses publiques. Dont 10 milliards pour l’assurance maladie et « le reste (11 milliards !) viendra d’une plus grande justice, d’une mise en cohérence de notre système de prestations » selon le nouveau Premier Ministre.

Il faut certes convenir que le déficit de la France doit être réduit. Et mieux encore que cela, qu’il doit être ramené sur les dépenses d’investissement économique et social. Mais avec quelle approche cette réduction ? Se conformer à la politique monétaire européenne alors que « tous les clignotants sont au vert » pour l’euro, trop musclé par rapport aux grandes monnaies ? L’orthodoxie punit les vertueux. Réduire les dérives ? Le Président de la République nous alarme lorsque dans ses vœux il fustige « la Sécurité sociale qui doit en terminer avec les excès et les abus ». Sans méconnaître certaines réalités ce sont là des accents qui nous surprennent. S’il faut agir et même réprimer, ce n’est pas l’axe d’une nouvelle politique budgétaire. Surprenante aussi la stigmatisation des « charges » salariales qui sont d’abord des cotisations sociales, de la couverture de risques personnels et familiaux. « Zéro charges » pour l’employeur : l’assentiment patronal est garanti, mais la compensation financière sur le budget de l’Etat devra être suivie de près. Sinon ce serait asphyxier un peu plus la Sécurité sociale.

Le gouvernement devra être juste et judicieux. Ambitieux et précis. Agir vite et voir loin. Il est nécessaire de favoriser la croissance. Elle est indispensable à la dynamique économique mais également à l’équilibre structurel de la protection sociale. Depuis vingt cinq ans n’a-t-on pas trop exclusivement favorisé le soutien à l’emploi traditionnel peu qualifié alors que la compétitivité internationale se nourrit de la haute compétence et de l’innovation ? Une réorientation s’impose. Même constat pour l’assiette de financement de la Sécurité sociale : trop figée sur hier, pas assez « branchée » sur les vecteurs technologiques et financiers de la « profitabilité » d’aujourd’hui. En matière de dépenses, l’efficience du système de santé et la cohérence des acteurs sont source de modernisation et d’adaptation des prises en charge. C’est à cela que doit s’attacher (s’attaquer ?) le gouvernement. Prioritairement, préférentiellement.

Jean-Michel LAXALT
Président de l’Institut Montparnasse