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Dépenses sociales : des chiffres à regarder de plus près.

Dans le débat public, à chaque conclusion prédéfinie viennent à l’appui les chiffres qui l’établissent. Tant sont buissonnantes les statistiques en la matière. Ainsi des dépenses de santé pour lesquelles, la France paraît tantôt à la 3ème place, tantôt à la 10ème. Ainsi des dépenses sociales qui placent les Etats-Unis tantôt à la 23ème place, tantôt à la 2ème. Regardons-y de plus près.

Il est bien connu que les dépenses de santé rapportées au PIB placent la France dans le peloton de tête, derrière les Etats-Unis et les Pays-Bas. Mais le niveau de performance économique n’est pas le bon indicateur des besoins sanitaires à satisfaire. Une baisse du PIB (- 2,9 pts en 2009) devrait-elle corrélativement entraîner une baisse des dépenses de santé ? Bien sûr que non. Le niveau de dépenses de santé par habitant paraît un indicateur plus pertinent. Selon ce dernier la France est en queue de peloton européen, au 10ème rang derrière la Norvège, l’Allemagne, le Danemark, le Luxembourg, tout proche de la Belgique et de la Suède, l’Irlande et le Royaume Uni fermant la marche. Que, selon les deux références, les dépenses de santé des Etats-Unis soient de beaucoup les plus élevées est révélateur de l’absence de régulation publique.
L’OCDE a publié une étude sur les dépenses sociales. Elle montre que « ces dernières années l’Allemagne, le Canada, l’Estonie, la Grèce, la Hongrie, l’Irlande, l’Islande et le Royaume Uni ont enregistré des baisse substantielles ». Les dépenses sociales publiques représentent 22% en moyenne dans la zone de l’OCDE. La France est en tête avec près de 32%. Les pays européens sont au-dessus de 25%. Cela reflète un demi-siècle de montée en charge des systèmes de protection sociale. Les niveaux les moins élevés reflètent soit les choix de politique publique (Etats-Unis, Suisse, Australie, Canada), soit le caractère encore émergent de la protection sociale (Corée, Chili, Mexique). Mais la prise en compte des dépenses sociales privées et des dispositifs fiscaux favorisant la souscription d’assurances sociales privées est très édifiante. Les dépenses de santé privées représentent 1,5% du PIB en France, 5,7% aux Etats-Unis, un écart notable existant aussi pour les avantages fiscaux à finalité sociale. En réintégrant les dépenses privées et l’impact fiscal dans un total des dépenses sociales nettes la France demeure en tête du classement, mais les Etats-Unis remontent de la 23ème place à la 2ème, le Royaume Uni de la 15ème à la 5ème.

Il reste encore à rapprocher les dépenses sociales de leur valeur ajoutée économique et de leur impact en termes d’investissement social et humain. Elles apparaîtront alors pour ce qu’elles sont : un investissement de société majeur.

Jean-Michel LAXALT
Président de l’Institut Montparnasse