La contribution de la santé et de l’assurance santé au développement et à la croissance économique de la France

La République à l’épreuve des inégalités La République est promesse de liberté, d’égalité, de fraternité.

Cette recherche a été confiée par l’Institut Montparnasse et l’EN3S à Valérie Fargeon et Marion Brunat du laboratoire d’économie de l’université Pierre-Mendès-France de Grenoble (CREG).
A contre courant des idées reçues, cette étude contribue à éclaircir le débat sur le rôle économique des dépenses de santé.
« A l’instar de l’éducation, la santé des populations influence la croissance économique et le revenu global, elle constitue une condition essentielle du développement à long terme »
Des travaux économiques récents montrent que l’investissement dans la santé des populations ne se limite pas à la réponse à un besoin individuel, mais que c’est un investissement rentable pour l’ensemble de la collectivité par les effets externes qu’il produit (activité des entreprises, qualité du travail…)
L’étude permet d’aller plus loin : la santé n’est pas qu’un coût, elle est génératrice d’activité économique et de croissance.
Sous l’angle de la théorie économique, les dépenses de santé ont un caractère redistributif des biens portants vers les malades et exercent un impact positif sur la demande. De même le secteur de la santé est créateur d’emplois.

Le changement de paradigme à opérer apparaît avec cette hypothèse : les dépenses de santé sont un investissement économique et social qui contribue à la croissance économique et au bien être individuel et collectif.
Les écrits de Stiglitz, Sen et Fitoussi ont contribué au renouveau de la réflexion sur le progrès économique, le progrès social et le bien être et les indicateurs qui peuvent en rendre compte.
En écho, méthodologiquement Valérie Fargeon et Marion Brunat déplacent l’analyse classique des dépenses de santé.

Elles visent à identifier les contreparties quantifiables de ces dépenses qui contribuent à la croissance économique, (consommation, emploi, investissement, production, valeur ajoutée)
Les indicateurs économiques disponibles sont perfectibles, ne rendant pas compte de l’ensemble des mécanismes directs et indirects de production et de redistribution.

La recherche passant en revue la littérature existante, et analysant les indicateurs conduit à deux résultats :

  • Le secteur de la santé a des retombées économiques en termes de production de valeur ajoutée et d’emplois
  • L’assurance santé obligatoire a des effets sur la demande globale en opérant une redistribution et une réduction des inégalités de niveaux de vie

Loin des évidences il est intéressant de s’attarder sur deux tableaux :

  • La place des branches santé dans l’activité productive
  • La place des transferts en nature dans le revenu et la consommation des ménages.

– Sur le rôle du secteur santé dans la croissance économique en France

Pour des questions d’homogénéité des données, l’étude comparative porte sur les comptes nationaux de 2005.

En 2005, le secteur de la santé au sens large représente 9,3% de la valeur ajoutée totale, 7,6% de la production totale et près de 10 % de l’emploi total en France
A titre de comparaison, le secteur Hôtels, cafés, restaurants, représente 2,3 % de la valeur ajoutée totale du pays, 2,4 % de la production totale, et 3,7 % de l’emploi.
Le secteur BTP, représente 5,8% de la valeur ajoutée totale du pays, 6,6 % de la production, 6,4 % de l’emploi.
Au-delà de cette photographie à l’instant t, qui montre que le secteur de la santé est en volume plus important que le BTP et le secteur Hôtels, cafés et restaurants, la recherche vise à comparer l’effet multiplicateur d’une augmentation des dépenses dans chacun des secteurs.

Chaque dépense nouvelle est un investissement avec un effet direct et indirect sur la valeur ajoutée ( Production –Consommations intermédiaires).
Pour 100 de dépenses, l’effet sur la valeur ajoutée est de 82 pour la santé, 85 pour les hôtels, cafés et restaurants, 81 pour le bâtiment.
L’effet emploi est légèrement plus important pour le secteur Cafés restaurants ( 17,79) , 14,4 pour le BTP, 13,56 pour la santé.

Globalement le poids économique du secteur de la Santé est plus important que le BTP ou le secteur hôtels, cafés restaurants.
Le secteur de la santé produit plus de valeur ajoutée. En revanche les secteurs du BTP et de la restauration sont principalement des entreprises de main d’œuvre, ce qui explique l’effet emploi associé à un investissement dans le secteur. Il est à noter que cet effet emploi est loin d’être négligeable pour la santé.

– Sur la place des transferts en nature dans le revenu et la consommation des ménages.

Les indicateurs présentés dans l’étude montrent l’importance des transferts sociaux en nature et notamment ceux relatifs à la santé dans le revenu des ménages.
On comprend avec ces chiffres le rôle de la protection sociale comme mécanisme d’amortisseur de la crise.
Les transferts sociaux en nature représentent en moyenne 20,5 % du revenu disponible brut des ménages et 23,5 % de la consommation finale. Les transferts en nature relatifs à la santé représentent 8% du revenu disponible moyen et 9,2 % de la consommation finale moyenne des ménages.

Le résultat est important, l’assurance maladie obligatoire permet de soutenir l’activité économique générale en soutenant la consommation des ménages.

Cet effet d’entraînement est démontré. Une dégradation de l’état de santé entraîne en l’absence de couverture maladie, des dépenses supplémentaires et une baisse de la consommation non médicales des ménages. A l’inverse l’assurance maladie obligatoire permet de garantir un revenu disponible pour d’autres consommations.
Les données économiques disponibles ne retracent pas complètement l’ensemble des apports économiques et sociaux de la santé. C’est l’apport de cette étude qui passe en revue les manques de notre système de comptabilité nationale et la nécessité de mettre en place des indicateurs repérables dans le temps.

En montrant que les dépenses de santé sont un investissement collectif sur le long terme, l’étude conduit nécessairement à une réflexion sur les modes d’accès aux soins et les acteurs en présence.

Enfin l’analyse de la contribution du secteur de la santé et de l’assurance maladie à la croissance économique et au développement doit s’ouvrir aux effets du système de santé, c’est-à-dire aux possibilités réelles, pour les individus, d’accéder à une offre de service de qualité, adaptée à leurs situations épidémiologiques et/ou sociales.
il n’existe pas d’indicateur produit en routine permettant de faire le lien entre des groupes d’informations.
Concernant l’accessibilité du système de santé, trois problématiques peuvent être analysées : Les difficultés financières, géographiques et sociales d’accès aux soins.20

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