Jean-Marie Fessler

Chroniques de l’IM, Jean Marie Fessler : L’aventure des mises en œuvre

Ce texte est dédié à Edgar Morin, à l’occasion de son centième anniversaire, le 8 juillet 2021, et à Sabah Abouessalam-Morin. Il est rédigé dans le cadre du partenariat entre l’Institut Montparnasse et la Fondation Edgar Morin et du Colloque de Cerisy « Edgar Morin, le siècle », des 16 au 23 juin 2021. Son titre fait référence à « L’aventure de La Méthode »   d’Edgar Morin, penseur de la complexité, soit les trente années d’écriture des six volumes de son œuvre-vie, publiée au Seuil de 1977 à 2004

Jean-Marie Fessler

 

Docteur en éthique
médicale et en économie
de la santé, président du
conseil scientifique de l’Institut
Montparnasse, professeur associé
de Stanford, ancien directeur d’hôpital
et des établissements de soins de la
Mutuelle générale de l’Education nationale
et conseiller de son président. Il est auteur
ou co-auteur de nombreux ouvrages et
publications.

par Jean Marie Fessler (1)

L’AVENTURE DES MISES EN OEUVRE

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Ce texte est dédié à Edgar Morin, à l’occasion de son centième anniversaire, le 8 juillet 2021, et à Sabah Abouessalam-Morin.

Il est rédigé dans le cadre du partenariat entre l’Institut Montparnasse et la Fondation Edgar Morin et du Colloque de Cerisy "Edgar Morin, le siècle", des 16 au 23 juin 2021.

Son titre fait référence à « L’aventure de La Méthode »   d’Edgar Morin, penseur de la complexité, soit les trente années d’écriture des six volumes de son œuvre-vie, publiée au Seuil de 1977 à 2004 :

Cher Edgar Morin,

vous avez construit, en compagnie de grands penseurs de l’histoire de l’humanité, des prises solides pour gravir la paroi de notre futur, de notre communauté de destin. Imagination créatrice, lucidité et courage, m’écriviez-vous au début de cette année. On peut aisément observer que toujours et partout quelques-uns perçoivent avant les autres. Ils perçoivent, analysent, alertent et proposent. Trop systématiquement, on les écoute mal, sans volonté ni méthode. Il est vrai que nous sommes souvent dispersés, sujets
aux commentaires et désaccords bloquants, plus entraînés aux classifications rigides multiples qu’à la pensée en navette     , celle de Pascal.

Je vais tenter de mettre en exergue certaines de vos propositions que nous n’avons pas su, ou pu, ou voulu encore mettre en œuvre.

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Dans ce travail, je suis accompagné par celles et ceux qui contribuent à l’Institut Montparnasse, en lien avec la Mutuelle générale de l’Education nationale, le groupe VYV, la Mutualité française et aux côtés des mouvements coopératif, associatif, de l’entrepreneuriat social, des entreprises citoyennes, du micro-crédit et du commerce équitable. Je salue Jean-Michel Laxalt, fondateur de l’Institut Montparnasse en 2009, et son successeur à sa présidence, Fabrice Henry. Sans prétendre solliciter leur pleine adhésion, je remercie mes relecteurs : le président, le délégué général et le chargé de mission formation de l’Institut Montparnasse, Bertrand Souquet, Olivier Boned et Michel Fougère, la fondatrice et animatrice du Cercle Entreprises et Santé Anne-Marie de Vaivre, le docteur Pierre Frutiger, le docteur Jean-Louis Coy, le professeur François Lhoste et Jacques Vincenot, professeur de Lettres. 

L’aventure de La Méthode, Seuil 2015.

Boris Cyrulnik, Edgar Morin, Dialogue sur la nature humaine, Editions de l’Aube, 2000.

Je remercie Jean-Louis Bancel et Dinah Louda d’avoir suggéré le style « témoignage » de cet article. Pour ma modeste part, j’en propose sept.

Témoignage 1.

[Connaissance-Expérience-Compréhension]

Commençons avec les plus jeunes.

Mes étudiants de Stanford épousent la pensée en navette.
Cher
Edgar Morin, vous êtes donc au cœur de mon cours trimestriel de santé globale, depuis quinze ans. Pour autant, écrivez-vous, 

« La compréhension humaine n’est nulle part enseignée. »   

« Aucune école, aucun lycée, aucune université n’enseigne dans sa complexité et dans sa globalité ce qu’est l’être humain. » 

Avec 5 000 publications scientifiques par jour dans le monde et 90% des données qui existent produites au cours des deux dernières années – très peu traitées, d’ailleurs -, comment ne pas essayer de penser en navette ? Avec la plus claire conscience possible des bouleversements inhérents à l’Ere numérique qui émerge depuis cinquante ans et qui portent sur nos temporalités, spatialités et savoirs.

Oui : « C’est un devoir capital de l’éducation que d’armer chacun dans le combat vital pour la lucidité. »

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Les sept savoirs nécéssaires à l’éducation du futur sont disponibles en téléchargement libre sur le site de l’UNESCO (lien cliquable sur l’image)

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Vous précisez : 

« Nous obéissons aux ordres, nous obéissons aux instructions. Tant que nous n’aurons pas essayé de réformer ce mode d’organisation du savoir, qui est en même temps un mode d’organisation sociale, tous les discours sur la responsabilité et sur la solidarité seront vains. » (…) 

« C’est la tendance à la réduction qui nous prive de la compréhension : entre les peuples, entre les nations, entre les religions. C’est elle qui fait que l’incompréhension règne au sein de nous-mêmes, dans la cité, dans nos relations avec autrui, au sein des couples, entre parents et enfants. » (…)

« Dans nos pays dits civilisés, les conséquences éthiques d’une réforme de pensée seraient incalculables. »

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L’imagination créatrice – aboutissement de la compréhension – surgit au prix de multiples tris des connaissances confrontées à nos expériences observées, analysées et documentées. Sortir enfin du réductionnisme, du binarisme, de la causalité linéaire et du manichéisme… Vous citez Patrick Viveret : « Ce sont la dureté de cœur et le mal de vivre, non la rareté des ressources physiques ou monétaires, qui sont à l’origine de la plupart des problèmes (…) écologiques, politiques, culturels, sanitaires et sociaux. »

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Travailler sur votre triptyque [Connaissance-Expérience-Compréhension] et dès le début de tous les cursus a été proposé. Aux Arts & Métiers, notamment. En hommage aux travaux de Jean-Louis Le Moigne, ses Exercices citoyens de veille épistémologique       et à ceux du réseau Intelligence de la Complexité. Le travailler sans amputation du sens et des contextes avec ce que la physicienne Mioara Mugur-Schächter nomme les relativisations sur le tissage des connaissances, à nos buts réels et grilles de qualification, notamment.

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Jean-Louis Le Moigne, Edgar Morin, Colloque de Cerisy, Intelligence de la complexité. Epistémologie et pragmatique, Editions de l’Aube, 2007.

Aux dirigeants dans l’une des quatre millions d’entreprises de tous statuts de notre pays, dont celles de l’économie sociale et solidaire qui s’efforcent d’entreprendre autrement entre
le public et le privé, ou dans les trois fonctions publiques, vous demandez de ne pas prendre l’idée pour le réel.
Je vous cite :

 « … combien de temps des théories  perdurent, alors qu’on a montré leur fausseté de multiples façons ? Et pourquoi ? Mais parce que les doctrines satisfont des désirs, des aspirations, des besoins. »

Après deux guerres mondiales et les totalitarismes du XXème siècle – qui auraient dû nous tenir fermement éloignés des naïvetés géopolitiques et des manipulations des extrémistes –
et alors que jamais nous n’avons eu autant de ressources humaines et techniques pour développer une économie humaine respectueuse de l’environnement et de l’écodiversité, les chocs entre mythes, illusions, manipulations, clans nous menacent toujours. Vous écrivez alors :

« (…) la démocratie est, en profondeur, l’organisation de la diversité. »

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Témoignage 2.

L’infoéthique.

Cher Edgar Morin, je témoigne que vous avez profondément inspiré l’infoéthique que l’UNESCO a souhaité promouvoir à la fin du XXème siècle. En 1977, vous écrivez : 

« L’information est devenue une notion qui prétend à l’empire sur toutes choses physiques, biologiques, humaines. Elle entend désormais régner de l’entropie à l’anthropos, de la matière à l’esprit. »
Edgar Morin
La Méthode, Tome 1, La Nature de la Nature, Seuil, 1977, p. 310.

Vous précisez :

« Tandis que l’information se transforme en « bruit » dans ce qu’on appelle les informations, les redondances propagandistes éliminent l’information comme bruit. Elles excluent effectivement comme bruit parasitaire tout ce qui est événement, nouveauté, surprise : il ne se passe jamais rien d’autre que le schéma prévu par la doctrine et la confirmation de sa propre vérité. »
Edgar Morin
Ibid., p. 339, note 1.

Et dans Le Monde des 8-9 novembre 1992, sous le titre de « Cherchez l’irresponsable » et le sous-titre de « Civiliser la bureaucratie », vous souhaitez l’invention de deux dispositifs : 

« a) Un dispositif de vigilance-alerte apte à capter toute information annonçant un danger nouveau ; b) Un dispositif destiné à concevoir les problèmes globaux et à contrôler les processus dans leur ensemble. »

On doit vous remercier d’attirer si clairement notre attention sur nos biais cognitifs et passivités au cœur de nos processus cognitifs réflexes. Ainsi, nous amputons les potentialités de génération de connaissances et donc nos façons générales de faire.
Un véritable débat 
infoéthique éviterait que les formalismes sous-jacents au pliage algorithmique de l’humanité ne corrompent le meilleur et n’engendrent le pire. Qu’attendons-nous ?

La lucidité active et la mise en question rigoureuse de nos référentiels et contrôles robotisés sont des fondamentaux de la démarche infoéthique.

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Edgar Morin, Cherchez l’irresponsable

extrait du journal "Le Monde, 8-9 novembre 1992"

Témoignage 3.

La crisologie

En 1976, vous plaidez pour une crisologie. Il aura fallu de nombreuses crises sanitaires à toutes les échelles pour que, par exemple, la pratique des plans blancs des établissements de santé commence à rendre des services. Aujourd’hui, face au hors-cadre de la pandémie, comment passer à côte de vos quinze leçons du coronavirus, dans Changeons de voie ?

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Edgar Morin, Pour une crisologie

Communications, N° 25, 1976.

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Et je pense à celles et ceux qui ont risqué et parfois perdu leur vie, médecins, soignants, professionnels qui font fonctionner les réseaux vitaux, électricité, eau potable, salubrité, approvisionnements et transports, télécommunications. Les métiers essentiels. 

Quel foisonnement aussi de gestes solidaires et concrètement innovants !

Dirigeantes et dirigeants bénéficieraient largement d’un minimum d’apprentissage au sein des services de protection.

Et nous avec eux. Votre écologie de l’action, enfin ! Et transdisciplinaire. Relier, toujours relier.

Edgar Morin, Relier les connaissances, Seuil, 1999.

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Témoignage 4.

La mise en œuvre des sciences du danger.

Vous avez contribué à l’émergence des sciences du danger de Georges-Yves Kervern (1935-2008)                et de la communauté des cindyniques avec Patrick Rubise, Philippe Boulenger, Patrick Lagadec, Jacques Repussard, Guy Planchette, en particulier.

Schématiquement et afin d’éviter que la gestion des risques ne se réduise à une prolifération procédurière inhabitable et à des formalismes abscons, tueurs de la responsabilité humaine, il s’agit de nous entraîner à détecter les disjonctions, déficits et dissonances entre les cinq aspects de tout regard que sont les buts et objectifs, les valeurs de chaque réseau d’acteurs, les données, les modèles, les normes et les lois.

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Toutes et tous, nous savons pertinemment combien des buts flottants, voire mensongers, des pratiques réelles contradictoires avec les buts affichés, des données lacunaires sur l’essentiel et envahies de bruits, des modèles masquant des sous-jacents idéologiques, des normes et des lois rendant illisibles les priorités démocratiques ou maximisant certains principes au détriment d’équilibres profonds et de tout compromis négocié peuvent construire des catastrophes. 

Et pourtant, il demeure difficile – et rarement atteint – de convaincre des dirigeants de
l’utilité sociale de cette méthode de pensée et d’anticipation. Aux faits, semble-t-il, on préfère largement dans l’analyse les approximations et les discours qui arrangent. Et plus que l’action mûrement décidée et choisie, les promesses qui n’engagent que ceux qui les écoutent. Là aussi, l’imagination créatrice nous conduirait à anticiper des configurations dangereuses et à pratiquer régulièrement des exercices ciblés.

Témoignage 5

L’éthique des pratiques.

Quant à l’éthique, la manière dont l’être humain habite le monde, selon Héraclite, et ses relations avec les autres, elle ne peut être que celle des pratiques         et non celle de la consécration institutionnelle d’éthiciens en chaires qui font des leçons sans faire.

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Cher Edgar Morin, vos encouragements à l’éthique des pratiques nous sont très précieux.
Celles et ceux qui ont pu bénéficier de l’encadrement universitaire des professeurs Yves Pélicier (1926-1996) et Christian Hervé, en diplôme d’études approfondies puis en doctorat d’éthique médicale au sein de l’Université Paris Descartes, ont vécu votre empreinte.
Nous y avons appris le transdisciplinaire.

Sur la médecine, je vous cite : 
« Le savoir est fait pour être réfléchi, médité, 

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critiqué par des esprits humains responsables. Nous avons besoin de penser et de repenser le savoir dans l’état actuel de prolifération, dispersion, parcellisation des connaissances. Tout professionnel de santé est invité à penser lui-même pour comprendre la complexité dans laquelle il s’inscrit. La médecine selon Georges Canguilhem, doit être le lieu de communications entre les sciences expérimentales, les sciences sociales, le droit, la métaphysique, la théologie et la
philosophie socratique. »

Vous poursuivez, au-delà : « Il n’y a pas de science du singulier, il n’y a pas de science de l’événement (…) L’événement a été chassé dans la mesure où il a été identifié à la singularité, la contingence, l’accident, l’irréductibilité, le vécu. (…) Or la véritable science moderne ne pourra commencer qu’avec la reconnaissance de l’événement. »
Biophysicien et pionnier de l’informatique médicale et de la santé publique, le professeur François Grémy (1929-2014) vous citait souvent.         A l’instar de la science, la quête et le véritable débat éthiques sont confrontés à l’événement.

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Edgar Morin, « Le retour de l’événement »

Communications, N° 18, 1971

Témoignage 6.

Les maisons de la solidarité, de la fraternité.

Solidarité, entraide, mutualisme…

Depuis 1985, vous proposez que l’on crée partout des maisons de la solidarité, de la fraternité. Pour rompre avec les solitudes et les détresses urgentes. Dans deux podcasts de l’Institut Montparnasse, vous nous dites :

« L’avenir souhaitable c’est celui de l’économie sociale et solidaire, c’est celui des mutuelles, c’est celui de la coopération, c’est celui de la solidarité. »

A distance des abstractions, de la gouvernance par les procédures et les nombres, des bulles financières qui tuent l’économie réelle. Son conseiller, je peux témoigner combien, dès sa publication en 2011, La Voie. Pour l’avenir de l’humanité a nourri les réflexions du président de la MGEN, Thierry Beaudet .

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Cher Edgar Morin, merci de votre permanent appui à l’économie plurielle, entre le tout-marché – la marchandisation de nos vies – et le tout-Etat et la fausse providence, merci de vos constants encouragements à privilégier l’utilité sociale, la gouvernance démocratique, l’ancrage territorial. 

Avec vous, nous croisons les voies du logiciel du « nous », du « tu », du « prends place », de la reconnaissance mutuelle entre celles et ceux qui participent à l’aventure commune et aux liens intimes entre responsabilité et solidarité.
Mieux informé du fonctionnement de nos corps par la prévention dès l’enfance, nous saurions combien mutualisation et vie sont liées. Nos 1000 milliards de connexions nerveuses, nos 100 000 kilomètres de veines, artères et capillaires. Quel tissage ! Régénéré et régénérant.

Qu’il s’agisse des engagements des militants et élus mutualistes et de ceux des salariés des mutuelles, du meilleur usage de l’argent des adhérents et sociétaires, de nos buts réels et de nos liens avec l’ensemble de l’économie sociale et solidaire, de nos relations avec les pouvoirs publics et de nos possibles dérives bureaucratiques, du respect de tous les métiers, du passage du « pouvoir-sur » au « pouvoir-avec » d’Hannah Arendt, votre pensée nous inspire. Et nous prévient : « La fraternité doit donc sans cesse se régénérer car elle est sans cesse menacée par la rivalité. »

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Edgar Morin, La fraternité. Pourquoi ?

Actes Sud, 2019.

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Oui, la fraternité pour résister à la cruauté du monde et à la recherche obsessionnelle et démente des maxima.        Sur ce dernier point, des folies consuméristes aux liens entre les subventions étatiques, la finance mondiale et l’exploitation des énergies fossiles et aux refus massifs de prendre en compte les externalités négatives, l’actualité de Terre-Patrie est brûlante. 

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Dans leurs prochains travaux sur la démocratie renouvelée, l’Institut Montparnasse et son conseil scientifique auront à cœur de prendre en compte cette observation de longue date d’Edgar Morin : « Une société ne peut progresser en complexité, c’est-à-dire à la fois en liberté, en autonomie et en communauté, que si elle progresse en solidarité : en effet, la complexité croissante comporte des libertés croissantes, des possibilités d’initiative accrues, possibilités aussi bien fécondes que destructrices et génératrices de désordre. L’extrême désordre devient principalement destructeur et l’extrême complexité se dégrade alors en désintégration du tout en éléments disjoints. La seule façon de sauvegarder la complexité d’une société, c’est-à-dire ses libertés, avec un minimum d’autorité répressive, ne peut être autre chose que le sentiment  d’appartenance à la communauté. »

La question du droit à l’initiative et au référendum se pose avec acuité.

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Témoignage 7

Les complexités hospitalières.

Edgar Morin, Mes démons, Stock, 1994.

Dans Mes démons, cher Edgar Morin, vous citez Le pavillon des cancéreux d’Alexandre Soljenitsyne. A la cime de ce que l’on peut écrire de l’hôpital.

Je souhaite exprimer combien les travaux de médicalisation du système d’information, menés à l’Hôtel-Dieu de Paris et à Antoine-Béclère, de 1984 à 1991, ont été conduits en relation avec la pensée complexe. 

Face au clan de ceux qui ont osé imposer les groupes homogènes de malades, le docteur Pierre Frutiger a inventé des marqueurs de la complexité et de la diversité cliniques de chaque séjour-patient.

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Avec les communautés médicales et soignantes de ces deux hôpitaux
universitaires, nous avons travaillé sur 350 000 séjours et sept années. Evidemment, l’algorithme de calcul des coûts directs de chaque séjour respectait ces différences réelles.
Après notre départ, cette base de données documentée a été perdue par la technostructure et donc la contribution volontaire de centaines de médecins et de soignants.
Management toxique, écrit-on parfois !

En 2002-2003, s’agissant de la tarification dite à l’activité (T2A) des hôpitaux et cliniques et de celle de la médecine de ville, nous avons renouvelé propositions, alertes et appels à un véritable débat.

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Associée au numerus clausus, la T2A a laminé les hôpitaux et nombre 
d’équipes médicales et soignantes. 
Aujourd’hui, de l’ordre de 30 % des postes de praticien hospitalier temps plein sont vacants dans les hôpitaux publics.

Alors, cher Edgar Morin, ces lignes résonnent fortement :
« Il faudrait cesser d’opposer croissance à décroissance mais déterminer ce qui devrait croître (…) et ce qui devrait 
décroître (…) »

Dans tous les domaines, la non-qualité consume un tiers des ressources et déprime les 
travailleurs attachés au travail bien fait.

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Un Etat qui respecterait mieux la contribution des citoyens aurait, depuis longtemps, mis en œuvre les modalités de partage des synthèses des travaux des personnes volontaires pour enrichir de véritables échanges, dans une langue exempte des mutilations de la novlangue, des codages de l’entre-soi, de relations humaines faméliques et des combats des chefs. Ce pourrait être une entreprise confiée au Conseil Economique Social et Environnemental

Conclure serait présomptueux et contradictoire !

On exprimera simplement que [Connaissance-Expérience-Compréhension] et pensée en navette ; infoéthique, crisologie, sciences du danger, éthique des pratiques, maisons de la solidarité, de la fraternité et complexités hospitalières, sept témoignages parmi nombre d’autres, offrent bien des occasions d’emprunter ardemment la voie de l’aventure des mises en œuvre.

En sciences humaines et sociales et plus simplement dans nos vies, nos efforts de synthèse sont d’un autre ordre que la photosynthèse dans la nature, la puissance de certaines équations de mathématiciens, physiciens et chimistes et celle d’œuvres d’art qui illuminent nos vies et peuvent symboliser des civilisations entières : des poèmes homériques « L’Iliade et l’Odyssée » aux « Fables de La Fontaine », des Variations Goldberg de Bach à la 9ème Symphonie de Beethoven, de la grotte peinte de Lascaux à la Nuit étoilée de Van Gogh

Edgar Morin, Leçons d’un siècle de vie, Editions Denoël, 2021

Au titre du déconfinement intellectuel, politique et social et de l’esprit de la vallée, 
« qui reçoit toutes les eaux qui se déversent en elle »         , l’œuvre d’Edgar Morin nous élève.

Avoir ouvert La Méthode par « L’esprit de la vallée » et la conclure par « Du bien » constitue une boussole planétaire, celle d’un humanisme d’espérance. Merci, cher Edgar Morin, d’avoir marqué tant de lecteurs, de tant de façons. Merci de nous avoir mieux fait comprendre ce qu’est d’être humain. Merci de continuer à nous faire partager si généreusement les leçons d’un siècle de vie         et de continuer à nous aimer.

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